Le Sphinx

Seul, sur l’horizon bleu vibrant d’incandescence,
L’antique sphinx s’allonge, énorme et féminin.
Dix mille ans ont poussé ; fidèle à son destin,
Sa lèvre aux coins serrés garde l’énigme immenseDe tout ce qui vivait au jour de sa naissance,
Rien ne reste que lui. Dans le passé lointain,
Son âge fait trembler le songeur incertain ;
Et l’ombre de l’histoire à son ombre commence.

Accroupi sur l’amas des siècles révolus,
Immobile au soleil, dardant ses seins aigus,
Sans jamais abaisser sa rigide paupière,

Il songe, et semble attendre avec sérénité
L’ordre de se lever sur ses pattes de pierre,
Pour rentrer à pas lents dans son éternité.

Albert SAMAIN