tous ceux, tous ceux, tous ceux …


tous ceux, tous ceux, tous ceux
qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
sans les mettre en bouquet : je vous aime, j’ étouffe,
je t’ aime, je suis fou, je n’ en peux plus, c’ est trop ;
ton nom est dans mon coeur comme dans un grelot,
et comme tout le temps, Roxane, je frissonne,
tout le temps le grelot s’ agite, et le nom sonne !
De toi, je me souviens de tout, j’ ai tout aimé :
je sais que l’ an dernier, un jour, le douze mai,
pour sortir le matin tu changeas de coiffure !
J’ ai tellement pris pour clarté ta chevelure
que comme lorsqu’ on a trop fixé le soleil,
on voit sur toute chose ensuite un rond vermeil,
sur tout, quand j’ ai quitté les feux dont tu m’ inondes,
mon regard ébloui pose des taches blondes !

Edmond ROSTAND