L’Abîme

L’heure où tu possèdes le mieux
Mon être tout entier, c’est l’heure
Où, faible et ravi, je demeure
Sous la puissance de tes yeux.Je me mets à genoux, j’appuie
Sur ton cœur mon front agité,
Et ton regard comme une pluie
Me verse la sérénité.

Car je devine sa présence,
Je le sens sur moi promené
Comme une subtile influence,
Et j’en suis comme environné…

Te dirai-je quel est mon rêve ?
Je ne sais, l’univers a fui…
Quand tu m’appelles, je me lève
Égaré, muet, ébloui…

Et bien longtemps, l’âme chagrine,
Je regrette, ennemi du jour,
La douce nuit de ta poitrine
Où je m’abîmais dans l’amour.

Sully PRUDHOMME