Les mots

Puisque je t’aimerai toujours, malgré le temps,
A quoi bon te le dire en des mots inconstants,
Des mots fervents hier que demain rend frivoles ?
Puisque change le sens intime des paroles
Selon qu’un jour est né, selon qu’un jour est mort,
A quoi sert de lier notre amour à leur sort ?
Les mots autrefois dits jamais ne se répètent
Sans trahir quelque peu des âmes qu’ils reflètent;
Comme des astres vieux, ils se sont refroidis,
Eux qui brûlaient au bord des lèvres de jadis.
Leur forme ancienne s’est pour toujours effacée
Et l’âme qui vibrait en elle a fui, blessée.

Nous avons nos baisers, nous avons nos regards,
Leur sens subtil se rit des jours et des hasards,
Et rien n’altérera leurs jouissances pures
Au temps, même lointain, des ivresses futures !

Albert LOZEAU