Mon saint amour ! Mon cher devoir ! …

Mon saint amour ! Mon cher devoir !
Si Dieu m’ accordait de te voir,
ton logis fût-il pauvre et noir,
trop tendre pour être peureuse,
emportant ma chaîne amoureuse,
sais-tu bien qui serait heureuse ?
C’ est moi. Pardonnant aux méchants,
vois-tu ! Les mille oiseaux des champs
n’ auraient mes ailes ni mes chants !
Pour te rapprendre le bonheur,
sans guide, sans haine, sans peur,
j’ irais m’ abattre sur ton coeur,
ou mourir de joie à ta porte.
Ah ! Si vers toi Dieu me remporte,
vivre ou mourir pour toi, qu’ importe ?
Mais non ! Rendue à ton amour,
vois-tu ! Je ne perdrais le jour
qu’ après l’ étreinte du retour.
C’ est un rêve ! Il en faut ainsi
pour traverser un long souci.
C’ est mon coeur qui bat : le voici,
il monte à toi comme une flamme !
Partage ce rêve, ô mon âme !
C’ est une prière de femme,
c’ est mon souffle en ce triste lieu,
c’ est le ciel depuis notre adieu :
prends ! Car c’ est ma croyance en Dieu !

Marceline DESBORDES-VALMORE