Oh ! si jamais le vœu qui vers tes flots m’entraîne,

Oh ! si jamais le vœu qui vers tes flots m’entraîne,
Si jamais le désir, charmant et redouté,
Qui remplit tout mon cœur de sa voix souveraine,
Du sévère destin ne petit être écouté ;

Si jamais, pour voguer sur ton onde sereine,
Vers le calme Océan, mon unique beauté
Ne doit à ce rivage amarrer sa carène
Où ma part de bonheur m’attend à son côté ;

Si, méconnu de ceux que j’avais crus mes frères,
Je dois voir s’effeuiller, au gré des vents contraires,
Mon printemps, qui déjà décline vers l’été :

Si le sort m’interdit le doux épithalame,
Sois pour moi le Leucate où s’éteigne ma flamme,
O fleuve de l’Amour, sois pour moi le Léthé !

Charles BELTJENS