Rose pourpre

Humide fleur cueillie au jardin clos du coeur,
Rouge comme du sang de soleil qui se couche,
Honorez d’un baiser de votre belle bouche
Ce poème léger que l’aube mit en pleurs.

Qu’il tremble en votre main comme un peu de lumière,
Et que ses gouttes d’eau vous soient des diamants;
Qu’il saigne dans vos doigts son âme, longuement,
Et qu’il succombe aux cils baissés de vos paupières !

C’est pour vous qu’il naquit, pour vous qu’il doit
Douce fragilité que son ardeur consume: [mourir,
Songez que mon amour, madame, le parfume,
Et qu’une rose expire ainsi sans se flétrir !

Albert LOZEAU