Timidité virginale

Dans ton bel oeil rêveur dont le charme m’enflamme
Laisse-moi donc plonger mon regard amoureux,
Afin qu’en l’admirant j’interroge ton âme,
Et te dise comment tu peux me rendre heureux.Soulève avec amour ta paupière baissée,
Qu’effleure mollement le baiser des rayons,
Afin qu’en ton regard je sème la pensée
Qui chante dans mon coeur durant que nous causons.

Oui, tandis que la nuit ceint l’azur de ses voiles ;
Et verse pour l’amant une pâle clarté,
Qui semble sur ton front le reflet des étoiles,
Dont j’aime à contempler la sereine beauté ;

Tandis que dans ses jeux un volage zéphyre
Frôle, en les parfumant, tes noirs et beaux cheveux,
Et te jette un accord qui longuement soupire,
En devenant plus vague et plus harmonieux ;

Tandis que dans la nuit des plaintives ramures
On entend roucouler de gracieux oiseaux,
Et que le vent du soir mêle ses longs murmures
Au tendre gazouillis de l’onde et des roseaux ;

Comme un lis qu’une brise en jouant berce et penche,
Relève un peu ton front qu’incline la pudeur,
Et laisse ta prunelle, où mon aveu s’épanche,
Me faire sous ses feux tressaillir de bonheur.

Mais tu baisses tes yeux !… Pourquoi donc,jeune fille,
Ne veux-tu pas laisser les miens, un seul moment,
Errer dans l’infini de ta douce pupille,
Que semble contempler la lune au firmament ?

As-tu peur que j’effleure un penser trop timide
Que je pourrais saisir si tu me regardais ?
Ou crains-tu que ton âme, ainsi qu’un flot limpide,
Contre ton gré, s’épanche avec tous ses secrets ?…

Ah ! si tu ne peux pas, sans qu’une rougeur vive
Ne fasse sur ton front rayonner sa splendeur,
Soutenir mon regard que ta beauté captive,
C’est que d’amour pour moi tu sens battre ton coeur !

Albert FERLAND